« Il ferma les yeux mais l’image de la jeune femme sur le banc s’incrustait en permanence sur le fond noir de ses paupières. Il se sentait épuisé mais n’arrivait pas à trouver le sommeil. Il tournait dans son lit, agité. N’en pouvant plus, il alluma la lampe et lut deux nouvelles de Yukio Mishima. Puis il éteignit la lumière, sans grande conviction.
L’image de la jeune femme revint instantanément. Il la trouvait de plus en plus belle au fur et à mesure qu’il pensait à elle. Il ne l’avait vue que quelques secondes mais son visage demeurait gravé en lui. Il fallut attendre cinq heures du matin pour que le sommeil le gagne enfin. A force de penser à elle, il avait fini par céder à l’appel de la libération solitaire, réinventant l’inconnue sous des contours fantasmés. »

L'inconnue sur le banc
Philippe Leclercq

Après le décès brutal de son épouse, Éric plonge dans une solitude glacée et ne voit d'autre solution que l’exil en Bretagne, dans la demeure familiale, isolée à flanc de colline. Le quinquagénaire dépoussière son passé, découvre la monotonie des longues journées d’hiver et cède aux démons de son esprit.

Il pense son salut possible lorsqu’il rencontre Charlotte, jeune femme solitaire contemplant l’horizon sur un banc du port. Porteuse d'un mystérieux secret, elle va lui offrir l'éclat de sa jeunesse et l'ivresse de sa beauté. Mais elle est un ange noir qui menace l'horizon d’Éric...

« Il s’était longtemps demandé comment l’approcher. Curieusement, à son âge, il restait encore meurtri par une adolescence timide et complexée qui le tenait à distance des femmes qu’il estimait inabordables. Pourtant, depuis qu’il l’avait retrouvée par hasard dans le quartier où elle travaillait, il n’avait plus jamais cessé de penser à elle. Alors, il était revenu sans motif, rien que pour l’entr’apercevoir, prétextant qu’il passait par là.
Louise n’avait pas été dupe. Elle avait trouvé cette gaucherie charmante. Elle n’y avait pas été insensible non plus. À la fois intimidée et intriguée par cet homme, elle avait ressenti une attirance assez singulière. Une de celles éprouvées face à un ours, entre crainte et fascination. »

Feu majuscule
Annie-Martine Blanc

Louise, vieille belle au moi dormant qui se méfie des hommes retrouve par hasard Lucas, encore brillant séducteur et amoureux insatiable. Une longue correspondance les entraîne à se noyer dans les mots, se disperser dans la ponctuation, se réprimer dans l'orthographe. Oubliant presque le réel, ils se réveillent dans un baiser de conte, promesse ouverte de ce que pourrait être désormais leur vie. Vont-ils faire de leurs plaies et bosses des reliefs intéressants pour la suite ?

Rester de simples mortels dans une histoire d'amour... presque ordinaire ?

« Lorsqu’ils sortaient, Sarah et Amine ne passaient pas inaperçus. Ils avaient l’air d’être faits l’un pour l’autre, et leur complicité était enviable. Ils avaient toujours des choses à se raconter et le faisaient avec le même enthousiasme qu’à leurs débuts. Les gens leur souriaient, car ils leur évoquaient quelque chose se rapprochant du bonheur. À les voir à leur table, ils donnent l’impression d’être un tout jeune couple, malgré leurs sept années de mariage. Le temps semble s’être arrêté autour d’eux. Si Amine ne masquait pas si bien son humeur, elle percevrait qu’il était pourtant ce soir-là quelque peu ailleurs, pensif. Au fil des ans, il avait pris l’habitude de préserver Sarah de ses états d’âme. Il est troublé par cette phrase qu’il a très distinctement entendue dans son rêve. « Parle-moi de ton plus grand regret », se répète-t-il dans sa tête. »

Le Génie
Sofyen Brahim

Que feriez-vous si vous aviez la possibilité de revenir dans le passé pour réparer une erreur ?

Depuis quelques nuits, une voix interpelle Amine dans ses rêves. Sarah le trouve de plus en plus lointain. Leur tout jeune fils perçoit le changement également.

S’enfonçant peu à peu dans le monde des songes à la recherche de réponses à ses espoirs les plus enfuis, Amine devra bientôt prendre une décision qui pourrait changer le cours de son existence.

Du rêve à la réalité, laissez-vous embarquer dans cette histoire hors du commun au scénario imprévisible.

« Christian Huitorel a tout saisi de ce qui, chez Molière, touche à l’âme. La tendresse humaine. Comme acteur avec une élégance rare, il livre dans ses interprétations une retenue, une délicatesse, qui sont chez Molière synonymes de cette nudité d’âme qui émeut le public populaire qui s’y retrouve.

Comme metteur en scène, il déchiquette avec l’habileté d’un chirurgien ce qui choque, ce qui interpelle, ce qui, chez Molière, rappelle au public ému qu’il pourrait lui-même être à la place du héros confronté aux tourments, à la rage, à la détresse, à la solitude, qui l’encerclent pour nous pousser à en rire comme une libération.

Vous l’avez compris George Dandin ressemble comme un frère à Christian Huitorel. Un homme amoureux, non pas de son épouse, mais de sa passion, le théâtre, qu’il aura servi de tout son cœur et de toute son humilité.

Francis Huster »

La dandinnerie
Christophe Huitorel

Christian Huitorel nous conte avec délice et érudition les joies et difficultés de la mise en place (et scène) d’une pièce de théâtre, ici le fameux « George Dandin » de Molière.

L’auteur, metteur en scène et comédien, nous offre un regard éclairant et humain sur le travail passionné que nécessite une telle entreprise en nous détaillant du début à la fin les affres du processus créatif, du casting aux représentations, en passant par les répétitions naturellement.

Une véritable aventure.

« Les apparitions de Louise réglèrent insensiblement ses journées. Elle venait le matin, pour aviser à leurs affaires ; à midi, ils prenaient ensemble le dîner (presqu’une collation pour Bussy, qui avait toujours préféré d’autres plaisirs à ceux de la table) ; ils se retrouvaient dans l’après-dînée pour quelque lecture ou pour une promenade. En s’appuyant sur son bras, Bussy regrettait que l’Infidèle ne le voie pas – il aurait voulu la blesser, lui rendre un peu du chagrin qu’elle lui infligeait. »

L'Exil illuminé
Christophe Blanquie

Lorsque Louis XIV le relègue en Bourgogne, Roger de Bussy-Rabutin n'a de cesse de retourner à la cour et d'y retrouver ses belles amies. Jusqu'à ce que le charme tenace d'une jeune femme mariée illumine son exil. Pour Mme de La Roche, il est même prêt à reprendre ses manières libertines et à feindre d'aimer ailleurs.

« Pierre quitta la caserne Galbert à Annecy le lundi 3 août 1914, déjà vêtu de son pantalon garance et de son manteau bleu, la tête rasée, sans casque et chargé de tout le paquetage en direction de la gare. Le long du parcours, des hommes, des réservistes ou des territoriaux criaient « À Berlin ! À Berlin ! » et beaucoup de femmes en larmes s’accrochaient à leurs bras. Des drapeaux ornaient quelques fenêtres et des vieux saluaient le détachement en criant « Vive la France ». Les événements étaient allés très vite comme une accélération de l’histoire. Jaurès est assassiné le 31 juillet quand Pierre faisait ses adieux à Clémence. Il n’avait pas souhaité qu’elle vienne à Annecy pour mouiller encore ses yeux. À quoi bon ! Pierre gardait dans toutes ces circonstances une solide carapace, bien que ce jour-là l’apparition de Clémence ait certainement troublé encore sa pensée. À vrai dire, il a toujours refusé la contrainte d’une femme et gardé dans l’action une démarche indépendante et au repos un caractère solitaire. »

L'Aviatrice - Volume 1, 1914-1919'
Jean-Claude Sevin

Dès les premières lignes du roman, il y a la guerre tragique et sombre qui se prépare. Pierre, le héros va traverser les champs de bataille de l’Artois et de Verdun jusqu’à refuser en mai 1916 le combat. Le lecteur le retrouvera déserteur dans une clandestinité riche en péripéties et en rebondissements jusqu’au Proche Orient, sa terre d’exil.

Chronique familiale ? Histoire d’amour ? Roman historique ? Récit d’espionnage ? Thriller ? Fresque du Proche Orient ottoman ?

L’aviatrice est tout cela à la fois. L’auteur croise et conjugue les genres sur fond de guerre. Et dans cette période de 1914 à 1919, on ne sait ce que l’on apprécie le plus : le récit des évènements politiques, les personnages historiques, les tribulations du héros ou l’intrigue amoureuse qui de bout en bout tient le lecteur en haleine.

L’incorporation d’éléments historiques par nature non romanesques à de grands récits captivants par l’expérience existentielle et la pensée métaphysique fait de L’aviatrice un roman global mais aussi polyphonique par le nombre convergeant de personnages.

« J’ai eu trente-deux ans il y a exactement un mois. Ma femme est morte depuis 24 heures et à chaque respiration, mon sang passant dans les poumons se charge de sa mort qu’il emmène dans tout mon corps. J’ai mal. Je n’ai ni cœur ni estomac, j’ai du mal. Partout.
On m’a téléphoné hier soir, il fallait que je vienne à l’hôpital tout de suite. J’ai enfilé son manteau à l’enfant, comme sur un mannequin. Mais les boutons de bois avaient grossi en quelques secondes et je ne pouvais plus les passer dans les boutonnières. Pourtant je m’appliquais, je faisais ça bien doucement.
Le téléphone a sonné de nouveau, c’était le médecin, il m’a dit, « je suis désolé » alors j’ai posé la question pour que quelque chose vienne de l’horreur.
Il souffla.
« On l’a perdue. »

Le Cracheur de Feu
Marie-Agnès Azuélos

« C’était un jour de l’été dernier, nous roulions pour Goualade, elle m’a parlé des résultats des analyses. Je l’écoutais, sans cesser de fixer la route, elle parlait de couple et d’orphelin, du tronc noir des pins magiques, aujourd’hui encore, je sais que je n’ai pas compris. Je tremblais un peu et je disais, on va se battre, elle répondait que toutes les chances étaient de son côté. »

Cherchant à donner un sens à la mort de sa femme, le narrateur entame un long monologue qui se déploie entre Seine et Garonne, en un même fleuve tourmenté de remous sans fin. Le deuil et la souffrance résumés dans ce livre mèneront le héros, devenu cracheur de feu, à la renaissance.

« Deux mini hauts parleurs diffusaient en guise de musique d’ambiance l’hypnotique « Where did our love go » de Soft Cell.

Une chaise, un guéridon avec une coupelle contenant quelques préservatifs et un porte manteau se trouvaient à l’angle de la pièce, au pied du lit. Au fond, dans la pénombre, une petite douche italienne, un lavabo et des toilettes permettaient aux amants de circonstance de se purifier, avant et après leurs occultes ébats. La pièce ne disposait d’aucune fenêtre. Rien qui puisse rappeler l’existence des scooters, des pigeons ou des piétons de la rue. De jour comme de nuit, tout ici était figé en un étrange présent. Quelques mètres carrés de liberté absolue. »

La Cabane
Philippe Leclercq

Julien et Bérénice se donnent rendez-vous chaque mardi midi dans un lieu étrange, le Dôme.

Là, dans la chambre douze qu’ils baptisent La Cabane, le jeune homme et la prostituée s’aiment en secret.

Un amour contraint et douloureux, limité à deux heures de bonheur chaque semaine.

Jusqu’au jour où l’énigmatique Bérénice déclare à son compagnon tourmenté que leur amour va pouvoir devenir réalité, affranchie et éternelle.

« Un mouvement du bateau la fit chanceler et son bras toucha celui de Jack. Reprenant sa contemplation de l’océan, elle n’osait plus bouger. Le contact de Jack sur son bras semblait lui enflammer la peau. Sa respiration se faisait haletante. Pourtant Jack ne bougea pas, il ne retira pas son bras pour éviter le contact. Finalement, au bout de longues minutes, durant lesquelles elle crut défaillir cent fois, il se retourna et lui fit face. La lueur étrange dans ses yeux l’étourdit et l’effraya tout en même temps. Elle crut l’espace d’une seconde qu’il allait l’embrasser. Mais elle se souvint alors qu’elle n’était que le mousse. Finalement, lui tournant le dos brusquement, il s’éloigna en jurant. »

Le Médaillon d'Émeraude
Anne-Sophie Le Bris

Avril 1650, Emma doit fuir Bordeaux. Déguisée en mousse, elle embarque pour les Indes Occidentales afin d’échapper à une mort certaine et pour avoir une chance de rejoindre Londres.

Parviendra-t-elle à dissimuler sa véritable identité, malgré les sentiments qu’elle éprouve pour le Capitaine Spencer…